Ecosia renonce à Mistral pour des modèles ouverts, dont chinois
Cinq mois après avoir remplacé OpenAI par Mistral, Ecosia change de fournisseur d’IA et choisit des modèles ouverts hébergés en Europe par Melious.
Ecosia, le moteur de recherche allemand connu pour financer la reforestation, dit cesser de s’appuyer sur Mistral pour ses fonctions d’intelligence artificielle. Son fondateur se déclare déçu par les modèles de l’entreprise française et leur préfère des modèles à poids ouverts, notamment chinois, servis par une plateforme européenne.
En bref
- Son fondateur se déclare déçu par les modèles de l’entreprise française et leur préfère des modèles à poids ouverts, notamment chinois, servis par une plateforme européenne.
- Nous pouvons même leur en donner un accès anticipé dès aujourd’hui s’ils le souhaitent ».
- Rien n’indique à ce stade que le moteur français abandonnera Mistral.
Cinq mois avec Mistral, puis la rupture
Le partenariat était récent. En mai, Ecosia avait remplacé OpenAI par Mistral, présenté comme le champion français du secteur. L’annonce est tombée le jour même où Mistral dévoilait Large 4, son nouveau grand modèle surnommé « Le Chonk », ce qui lui a donné une résonance particulière.
Le client n’est pas anodin. D’après Politico, cité par 01net, Ecosia compte parmi ses utilisateurs des institutions européennes, notamment le service national de santé britannique ainsi que le ministère de l’Environnement du gouvernement fédéral allemand.
Les reproches formulés par Ecosia
Christian Kroll, fondateur et directeur général d’Ecosia, a détaillé ses griefs à Politico. Ils reposent uniquement sur ses déclarations :
- La qualité : selon lui, les modèles de Mistral auraient « un an de retard » sur la concurrence, une appréciation qu’aucune donnée ne vient chiffrer.
- La fiabilité : Ecosia dit avoir rencontré des problèmes techniques récurrents, notamment des serveurs surchargés, rapporte 01net.
- L’environnement : d’après Christian Kroll, Mistral ne correspond pas aux objectifs écologiques d’Ecosia, une large part de l’électricité française étant d’origine nucléaire.
- La souveraineté : il estime que la dépendance de Mistral à des investisseurs internationaux n’est pas véritablement souveraine.
« Nous étions tout simplement un client trop important pour Mistral. »
Christian Kroll, fondateur et directeur général d’Ecosia
Chez Mistral, la réponse a pris deux formes. Sur X, son directeur général Arthur Mensch a répondu : « Désolé si le fait d’utiliser de l’énergie nucléaire est vraiment bloquant. » Guillaume Lample, directeur scientifique et cofondateur, a invité Ecosia à essayer Large 4 : « Je les encourage à tester notre nouveau modèle au plus vite. Nous pouvons même leur en donner un accès anticipé dès aujourd’hui s’ils le souhaitent ».
Melious, une plateforme allemande pour des modèles ouverts
Pour remplacer Mistral, Ecosia s’est tourné vers un intermédiaire. Melious, société allemande, héberge en Europe une soixantaine de modèles ouverts, dont les modèles chinois Qwen, conçu par Alibaba, GLM, développé par Z.ai, et Kimi, signé Moonshot AI.

Christian Kroll affirme avoir réduit les coûts d’Ecosia de moitié environ, tout en améliorant la qualité et les performances. Ces résultats sont avancés par Ecosia et ne sont étayés par aucun chiffre public.
Censure, partialité et pari européen
Le recours à des modèles conçus en Chine soulève des questions de censure et de partialité. Christian Kroll ne les juge pas rédhibitoires : à ses yeux, il reste possible d’apporter des correctifs, contrairement aux lacunes de qualité, explique-t-il selon Next. Le média relève lui-même que ce choix est « assez croquignolet » du point de vue de la souveraineté.
Le dirigeant voit même dans ces modèles une opportunité pour l’Europe : le continent pourrait bâtir ses services dessus sans dépenser des milliards d’euros pour entraîner ses propres modèles de pointe. C’est une lecture stratégique propre à Ecosia, qui n’est pas démontrée.
Qwant reste chez Mistral, mais compare
La décision ne change rien dans l’immédiat pour Qwant, partenaire d’Ecosia dans la construction d’un index de recherche européen. Ses réponses flash fonctionnent toujours avec des modèles Mistral.
Qwant a toutefois confirmé à Next qu’il teste d’autres possibilités, pour une raison différente de celle d’Ecosia : « Les récentes évolutions tarifaires de Mistral nous amènent à évaluer les alternatives disponibles, en tenant compte de leurs performances et de leurs coûts ». Rien n’indique à ce stade que le moteur français abandonnera Mistral.
Photo à la une. Source : Pexels. Photographe : Brett Sayles. Licence Pexels.